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Ferdinando Camon


"Pourqoi écrivez-vous?"

400 écrivains répondent, quotidien "Libération", Librairie Générale Française, Paris 1988, pagg. 247-248

"Pourqoi écrivez-vous?"

Ferdinando Camon

Fils de paysans, né en 1935 dans la région de Padoue. Nourri par l'imaginaire religieux, épique et fabuleux de la paysannerie. Poursuivi par le sentiment d'avoir trahi sa condition et le besoin d'expier.

J'écris par vengeance. Non par justice, non par sainteté, non par gloire: mais par vengeance. Toutefois, au fond de moi, je sens cette vengeance comme juste, sainte, glorieuse.
Ma mère savait écrire seulement ses nom et prénom. Mon père à peine davantage. Dans le pays ou je suis né, les paysans analphabètes signaient d'une croix. Quand ils recevaient une lettre de la mairie, de l'armée, des carabiniers (personne d'autre n'écrivait aux paysans), ils s'épouvantaient et ils allaient se faire expliquer la lettre chez le prêtre.
Je les ai vus passer plusieurs fois, j'étais un enfant. Depuis lors, j'ai senti l'écriture comme un "instrument de pouvoir", et j'ai toujours rêvé de passer de l'autre côté, de m'emparer de l'écriture, mais pour l'employer en faveur de ceux qui ne la connaissaient pas: pour accomplir leurs vengeances.
Mais eux ne voulaient pas se venger et, par conséquent, ils ne se sentent pas représentés par moi. Et ceux que je cherche à venger, me considèrent - à juste titre - comme un ennemi. Par conséquent, je suis isolé, je ne réussis à me lier avec personne. Partout ou je suis passé, je suis un non-reconnu, un expulsé, un non-accepté: famille, pays, monde littéraire, monde catholique, Parti communiste, psychanalyse. Je suis celui à qui on ne peut accorder aucune confiance, celui qui peut trahir. Chacune de mes trahisons consiste dans la répétition de la première trahison: je me suis emparé de l'écriture pour venger les analphabètes, je suis passé à travers le catholicisme pour lui apprendre ce qu'est la sainteté, j'ai décrit les groupes de la violence pour les juger de l'interieur, et je suis entré dans la psychanalyse pour "dominer" l'analyste.
Conséquences: à mon début, quand j'ai publié mon premier livre, "Figure humaine", le maire du pays dont je parlais voulait me citer devant le tribunal, et le mois prochain je serai accusé a Venise par le journal démocrate-chrétien de cette ville-là. Toujours, de l'origine jusqu'à aujourd'hui, la première réaction que je rencontre est le refus, la damnation, la censure. J'ai écrit sur tous les journaux italiens, et partout j'ai été censuré: de "l'Unità" à "L'Osservatore Romano", du "Corriere della Sera" a "Paese-Sera".
Si je devais definir la vengeance, je dirais qu'elle est une "justice névrotique". Quand je dis que j'écris par vengeance, je veux dire que j'écris pour faire une justice démesurée, éternelle et donc injuste: l'écriture doit être une exaltation ou une punition destinée à durer sans fin. J'ai besoin de cultiver l'illusion que cela est possible. Ce n'est pas important qu'il s'agisse d'une illusion: si je prends conscience que mon opération ne durera pas longtemps, ma vie n'a plus de justification. D'où le besoin d'écrire de la poèsie ou des romans, non de la politique: la politique produit une vengeance trop provisoire. Quand j'écrivais "Figure humaine", je voulais faire l'apologie des derniers, venger leur condition de reprimés. Il n'y a pas de différence entre la repression politique, militaire, économique, sexuelle, etc.: elles sont toutes liées. Et par conséquent l'expression - qui est l'exact contraire de la repression - les "venge" toutes. En écrivant "La Vie éternelle", je voulais venger les partisans paysans, leur condition obscure, sans gloire. Puisque le chef des SS de cette zone d'ltalie (dont je parle dans mon livre) fut decouvert quand "La Vie éternelle" parut, et qu'il mourut la nuit avant le procès, j'aime imaginer "La Vie éternelle" comme une balle tirée d'ici a l'Allemagne. (Le Parquet de Verone avait inclus "La Vie éternelle" parmi les actes d'accusation). Avec Apothéose j'ai voulu faire mon procès personnel de sanctification, en remplaçant celui de l'Eglise: j'ai voulu faire la plus grande apologie possible du plus misérable des personnages, employer la sanctification comme une vengeance sociale. Et avec "La Maladie humaine", j'ai essayé de bouleverser les rôles de la psychanalyse, en concevant le transfert comme l'instrument par lequel le patient connaît soi-même et l'analyste. L'analyse est quelque chose qu'on ne peut pas, qu'on ne doit pas, raconter: elle est pleine de tabous. Celui qui la raconte, rompt non un tabou, mais un recipient de tabous.
Chargée de ces devoirs, que peut-être elle ne saurait supporter, l'écriture m'use fortement. En acceptant de m'user, je me punis moi-même: je me punis des injustes justices que je rends chaque jour par chaque ligne de mon écriture. Et voilà que le cercle se ferme: l'écriture est faute et expiation, peché et absolution, vengeance d'une faute, faute pour cette vengeance, justice pour cette faute.

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